L'histoire du mariage

Et si on parlait un peu de cette institution séculaire ? De quand date le mariage? Quelle forme avait-il initialement ? Comment ce rite a-t-il évolué au fil des siècles ? Pourquoi se marie-t-on ? Voici en quelques lignes l’histoire du mariage en France.

Au commencement...

Il est difficile de donner une date précise de l’apparition du mariage, pour autant les préhistoriens et autres scientifiques estiment que les premiers mariages ont vu le jour à l’époque du néolithique, soit vers -5000 avant JC et qu’il est l’une des plus anciennes institutions sociales et l’une des plus universelles.

Je mets en garde les romantiques qui ont déjà l’œil qui frise en songeant que l’Homme était si sensible à l’Amour, qu’il a hissé le mariage en tête de ses préoccupations. Bien entendu, le sentiment amoureux a précédé le mariage, mais il a mis des siècles, sans aucun jeu de mots, pour qu’il soit relié au mariage. Et même au XXIème siècle, il existe encore des sociétés, des cultures où amour et mariage ne font pas nécessairement bon ménage.

Mais si nous revenons à l’aube de notre Histoire, ce sont plutôt les affaires juridiques qui ont conduit l’homme à créer le mariage. En effet, lorsqu’il se sédentarise, environ vers -8000 avant JC, et découvre l’agriculture, l’Homme a soudain des biens à transmettre (terre, maison). Il désire tout naturellement léguer son patrimoine à sa descendance. Le mariage est alors l’idée de génie instaurée pour officialiser sa descendance. Les sociétés connaissent ainsi un bouleversement dans les places et rôles des hommes et des femmes, les hommes prennent le pouvoir et nous, Mesdames, nous nous retrouvons aux fourneaux et soumises à l’autorité masculine. Celle du père dans notre enfance, puis du mari à l’âge adulte. Ce sont donc les hommes, et notamment les pères qui désormais vont mener la danse côté mariage. Il va sans dire que les mariages entre partenaires du même sexe sont proscrits puisque aucune descendance n’est possible pour ces unions.

Outre les questions d’héritages réglées, le mariage va rapidement apparaitre aux yeux des hommes comme moyen d’acquérir de nouvelles terres, d’en céder, d’accéder à plus de pouvoir et de biens. Et plus on monte dans les sphères de la société, plus cela va s’avérer…un véritable jeu de trônes….

Vous remarquerez qu’outre l’absence de l’aspect affectif des relations, il n’est pas question non plus de religion. Se pourrait-il alors que les premiers mariages fussent laïques ? Eh bien oui ! D’aussi loin que soient remontés les historiens, soit à la population sumérienne, reconnue pour être le plus ancien peuple de l’humanité, aucune notion de religion ne vient s’inviter dans ce mariage qui était un véritable contrat juridique. On listait un nombre de points à respecter entre époux et c’était tout. Un aparté tout de même sur les « punitions » en cas d’infraction, si, si, ça vaut le détour. Par exemple, en cas d’infidélité : si Monsieur est en cause, il devra quelques pièces en dédommagement à son épouse, si Madame est allée voir ailleurs, elle sera bonne à jeter à la rivière après avoir été dument étranglée. Oui, le monde est résolument un monde d’hommes…..

Dans l'Égypte antique, le mariage devient un état de fait, sans cérémonie. Les égyptiens introduisent cependant un échange des consentements durant l’union à partir du Vème siècle avant JC dans lequel chacun des époux annonce « je t'ai prise pour femme », « je t'ai pris pour mari ». On estime alors être à l’aube d’un rite nuptial confirmant l’engagement que les époux prennent l’un envers l’autre.

La civilisation antique

Cette notion de rite de passage s’installe peu à peu dans les civilisations antiques. D’enfant on devient adulte, on quitte ses parents pour fonder son propre foyer. Le mariage devient symbole de création de la famille, de nombreuses images de fécondité s’associent au rite nuptial. L’homme crée également le divorce ou plus précisément la répudiation, des femmes bien entendu ! Le mariage est garant de naissances à venir, aussi, il devient un devoir civique pour tout un chacun. Et malheur aux célibataires qui étaient la honte du peuple et se faisaient huer publiquement une fois par an.

Pour les grecs comme pour les romains, le mariage devient le socle de la famille d’un point de vue juridique. Seuls les enfants nés en son sein peuvent prétendre au nom de leur père et à ses biens.

Grecs et romains partagent un autre point de vue : Amour et sexualité, voire amitié ne vont pas de pair avec le mariage, Ah ! Ça devait être joyeux à la maison….Plutarque, éminent philosophe de son temps déclarait ainsi : « Si j’ai envie d’avoir un rapport, je ne vais pas déranger ma femme au gynécée pour une chose aussi futile ».

Alors d’accord le mariage et l’amour sont deux choses distinctes, pour autant les romains, apporteront au rite nuptial des symboles forts toujours présents de nos jours, plus de 2000 ans après : l’alliance, le port de la mariée sur le pas de la porte (elle ne peut toucher le sol en pénétrant dans la maison de son époux, montrant ainsi que, n'y étant pas entrée de sa propre volonté, elle ne pourra pas en sortir de sa seule volonté, d’après Plutarque, encore lui !), le voile et la couleur blanche pour la tenue de la mariée.

Les romains vont également intégrer la notion de religion dans le mariage. En effet, dans leur société, la religion est omniprésente. De nombreux rites se mettent en place pour faire accepter les mariages par les dieux, pour les faire durer, on consultait des prêtres qui interprétaient les signes divins pour définir la date des noces.

Un nouveau terme est crée pour parler du mariage : conjugium, étymologie des mots conjoints et conjugal. Là encore le conjugium se fait par un échange de consentements : «consensus fecit nuptias » (le consentement fait les noces) déclare le droit romain. Cette mode s’est diffusée dans les diverses contrées du globe et a traversé les époques puisqu’aujourd’hui encore, cet instant est le point d’orgue de nos cérémonies de mariage.

L’alliance est portée à la main, en rappel de la main de Fatma, déesse phénicienne qui symbolisait la croissance et les naissances. Pour marquer l’importance de la main, les romains unissent les mariés en joignant leurs mains droites. Cela confirme l’engagement réciproque, leur promesse de ne faire qu’un. Certaines alliances de l’époque ont montré un dessin de deux mains jointes. Cela n’est pas sans rappeler la célèbre bague irlandaise, la claddagh, toujours très en vogue actuellement.

La main est en outre le siège de la divinité du serment, Fidès. Que cela soit pour un mariage ou pour un autre contrat commercial, les gens se serrent la main pour valider l’accord. De ce geste, a découlé notre poignée de mains, que nous utilisons pour nous saluer.

Si à Rome le consentement fait les noces, n’allez cependant pas imaginer que les époux se choisissaient librement. Ce sont les pères qui règlent les détails des épousailles, à la manière d’un contrat commercial, puisque les négociations se font autour d’un repas. Si l’affaire est conclue, les fiançailles sont officielles, prononcées oralement, accompagnées d’un échange d’anneaux qui se fait à cet instant et non lors des noces. Si la future mariée est encore une enfant, le mariage réel ne devient officiel qu’aux 12 ans de celle-ci.

Je vous vois faire la moue…12 ans, mais c’est encore une enfant! Oui j’en conviens, mais dites vous qu’au IIIème siècle l’espérance de vie était d’environ 35 ans….il fallait donc passer à la procréation dès que le corps en offrait les possibilités.

Cette culture polythéiste a vu son destin basculer le 8 novembre 392, lorsque l’empire déclare comme seule et unique religion le christianisme, interdisant toutes les autres.

L'arrivée du catholicisme

La religion catholique reprend alors à son compte certains rites des romains pour ses premiers mariages.


Concrètement la cérémonie de mariage tient en une simple bénédiction. Sans écrit attestant l’union, certains ont rapidement vu l’opportunité de les remettre en cause. Les seules preuves que le mariage avait été conclu pouvaient être apportées par des témoins des faits, ou par le fait d'avoir vécu maritalement au su et au vu de tous.

Au XIème siècle, les mariages sont célébrés quarante jours après les fiançailles, ils se déroulent aux aurores, vers 5 ou 6 heures du matin, les fiancés étant à jeun. Ils se font en public, comprennent l’échange des consentements, la remise de l’anneau, la bénédiction nuptiale donnée par un prêtre, puis la messe.

Le cortège se rend à l’église au son des flûtes et des tambours où le prêtre de la paroisse les accueille. Certes le mariage commence à devenir festif, encore fallait-il aimer se lever à l’aube…

En 1215, le grand concile œcuménique de Latran IV hisse le mariage au rang de sacrement religieux. Il devient indissoluble et impose le consentement des époux. Cela insuffle l’idée que les époux auraient leur mot à dire sur le choix de leur conjoint ?! Diantre ! Quelle idée saugrenue ! Chez les aristocrates, c’est insensé et impensable ! Comment conserver les gains contractés par les mariages si on laisse les jeunes gens se choisir selon leurs sentiments ? Absurde et dangereux ! Après un forcing monstre, la royauté réintroduit le consentement parental, du moins pour la noblesse. Le peuple, lui, peut bien faire ce que bon lui semble, il n’a ni titre ni terre à transmettre. Si le mariage d’inclination pointait tout juste son nez, cette mesure l’a renvoyé dans les cordes pour encore quelques siècles….

L'Église catholique a alors, à cette époque, le monopole de la réglementation du mariage.

Dans le même temps, les Protestants légalisent le divorce.

En 1545, se tient le Concile de Trente qui impose la présence de témoins et que l’union soit célébrée par un prêtre pour être officielle. Les mariés doivent également signer un registre. Terminé les annulations à tout va de mariage, dorénavant les écrits attesteront des unions. C’est Dieu qui fait le mariage, le rendant divin et indissoluble. On l’entend dans le prêche des curés « Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le séparer ». Les époux concluent la cérémonie par un « baiser de la paix » sous les yeux de Jésus, qui résonne comme une promesse d’amour éternel.

La cohabitation sans être mariés est interdite. Dès lors, le concubinage et les enfants illégitimes deviennent plus rares.

La notion de consentement libre et d’amour réapparait au XVIIIème siècle, non sans rencontrer une fois de plus une forte opposition. Pour la haute société, le mariage reste un moyen de tractation des fortunes et des titres, on laisse l’amour et ses badineries au peuple, qui se contente de vivre d’amour et d’eau fraiche.

L'émergence du mariage d'inclination

Le mariage d’inclination s’ancre peu à peu malgré tout. Suite à la Révolution française, en 1792, le mariage civil est déclaré comme unique mariage reconnu par la loi et doit précéder le mariage religieux. Ce qui est toujours le cas actuellement. Le célibat est très mal vu, il serait un grave manquement. Les révolutionnaires ont même échafaudé l’idée de faire porter aux célibataires une tenue ridicule pour les punir.

Le 20 septembre 1792, une loi autorise les divorces soit par consentement mutuel, soit par choix unilatéral pour incompatibilité d’humeur. Beaucoup d’excès sont alors constatés et de nombreuses femmes se retrouvent livrées à elles-mêmes sans ressources. C’est pour endiguer ce phénomène qu’en 1804, dans le Code Civil, on revoit les conditions, en conservant le consentement mutuel mais en y ajoutant la notion de faute. Un retour à la monarchie interdit de nouveau le divorce en 1816 avant de faire son ultime retour en 1884, de manière définitive. Un droit de pension pour les femmes s’instaure.

Le déclin du monopole catholique, l'avènement du mariage d'amour

L’Eglise perd le monopole du mariage et le mariage d’amour va se substituer petit à petit au mariage de convenance au cours du XIXème siècle. A la fin de ce siècle et au début du XXème, les couples semblent de plus en plus succomber au sentiment d’amour. L’Eglise voit cela d’un œil méfiant : ses fidèles risquent de se laisser aller à l’amour physique pour le plaisir ! Enfer et damnation. L’Eglise avait raison, les fidèles apprécient vivement les plaisirs de la chair, tant et si bien qu’après la seconde guerre mondiale, la sexualité apparait comme l’un des fondements des unions.

A nouveau, mesdames, nous ne sommes plus cantonnées à nos fourneaux, les hommes nous trouvant des qualités intellectuelles et nous devenons doucement mais sûrement leurs amies, leurs amantes, leurs compagnes, leurs égales. Plutarque doit se retourner dans sa tombe.

En 1999, à l’aube du XXIème siècle, apparait le PACS (Pacte Civil de Solidarité), une union alternative au mariage, première étape de l’union de personnes du même sexe, légalisée en 2013 par la loi « Mariage pour tous ».

Nous voici en ce XXI ème siècle où les mariages fleurissent autant que les divorces, où de nombreux rites ancestraux restent d’actualité tandis que les mœurs ont largement évolué.

Aujourd’hui amour et mariage semblent inséparables pour nos sociétés occidentales, notion savamment entretenue par l’industrie hollywoodienne mettant en avant de grandes et belles histoires avec happy end. Cette image de modèle familial s’écorne malgré tout car depuis les années 70 les femmes s’émancipent réellement et ne sont plus dépendantes financièrement. Elles n’ont plus besoin du mariage pour devenir quelqu’un, et privilégient leur carrière. Ce qui nous amène à notre décennie où selon l’INSEE en 2018 nous comptons 42,1% de personnes mariées contre 41,3% de célibataires (personnes de plus de 15 ans).Certains sociologues envisagent la fin du mariage pour 2040, autrement dit demain.

Au regard de notre histoire, il semble difficile de croire en la disparition de cette institution. Probablement le mariage connaitra-t-il d’autres formes, mais je doute que les Hommes cessent de s’unir.